Lettre de préavis du propriétaire au locataire [2026]

Alexandre Morin

22 janvier 2026

Locataire lisant une lettre de préavis envoyée par le propriétaire, assise parmi des cartons de déménagement, illustrant la procédure de préavis entre propriétaire et locataire en 2026.

L’essentiel à retenir : la résiliation du bail par le propriétaire s’impose uniquement à l’échéance pour vente, reprise ou motif sérieux. Respecter les délais de 6 mois en vide ou 3 en meublé via lettre recommandée assure la validité de la procédure. Une erreur de forme entraîne la reconduction automatique du contrat.

Savez-vous qu’une erreur minime dans votre lettre de préavis du propriétaire au locataire peut reconduire automatiquement le bail pour trois ans ? Ce dossier décortique pour vous le formalisme imposé par la loi de 1989 afin de sécuriser juridiquement votre démarche de reprise ou de vente. Apprenez à rédiger un courrier inattaquable qui garantit la récupération effective de votre bien immobilier.

Sommaire :

  1. Les 3 seuls motifs pour donner congé à votre locataire : pas un de plus
  2. Le calendrier et les formes : comment ne pas annuler votre congé avant même de l’envoyer
  3. Rédiger la lettre de congé : les mentions obligatoires pour chaque motif
  4. Le cas du locataire protégé : quand la loi vous impose des obligations supplémentaires
  5. La vie après le congé : ce qui se passe pendant le préavis
  6. Congé nul ou frauduleux : les sanctions qui font réfléchir à deux fois

Les 3 seuls motifs pour donner congé à votre locataire : pas un de plus

Vous pensez qu’il suffit d’envoyer un courrier pour récupérer votre bien ? Détrompez-vous. La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 impose un carcan juridique extrêmement rigide. Si vous sortez des clous, votre congé sera nul et le bail repartira pour un tour, que vous le vouliez ou non.

Le congé pour vente du logement

Vous souhaitez vendre votre bien libre de tout occupant ? C’est le motif le plus fréquent, mais il déclenche automatiquement un droit de préemption pour votre locataire. En clair, il est prioritaire pour acheter le logement avant quiconque.

Votre lettre de préavis du propriétaire au locataire ne sert pas juste à l’informer, elle vaut juridiquement offre de vente. Le prix et les conditions de la transaction doivent y figurer noir sur blanc, sans aucune ambiguïté.

Attention au piège classique : si vous ne trouvez pas d’acheteur et décidez finalement de baisser le prix, vous devez impérativement notifier une nouvelle offre à votre ancien locataire, sous peine de nullité de la vente.

Le congé pour reprise du logement

Ici, l’objectif est de récupérer les clés pour faire du logement votre résidence principale. Ce motif est strictement encadré : le bien doit devenir votre habitation principale ou celle d’un proche, et non une résidence secondaire.

La loi limite drastiquement les bénéficiaires autorisés : vous-même, votre conjoint, partenaire de PACS, concubin notoire depuis au moins un an, ou vos ascendants et descendants directs. Oubliez les cousins ou les amis, cela ne passera pas devant un juge.

Soyez vigilant sur le caractère réel et sérieux de la reprise. Les tribunaux sanctionnent lourdement les reprises de complaisance ou frauduleuses visant simplement à évincer un locataire gênant.

Le congé pour motif légitime et sérieux

Ce dernier cas de figure est généralement lié à une faute du locataire. Ce n’est pas une carte blanche pour le propriétaire, mais une réponse à un manquement grave aux obligations du bail.

Les motifs validés par la jurisprudence sont précis : impayés de loyers répétés, défaut d’assurance habitation malgré relance, troubles de voisinage avérés ou encore une sous-location non autorisée. Vous devez avoir des preuves solides.

Sachez enfin que ce motif peut aussi justifier la récupération du bien pour des travaux majeurs (restructuration, démolition). Vous devrez alors prouver la nature et l’ampleur de ces travaux rendant le maintien dans les lieux impossible.

Le calendrier et les formes : comment ne pas annuler votre congé avant même de l’envoyer

Maintenant que vous avez saisi le « pourquoi », passons au « comment » et au « quand ». Une simple erreur de forme ou de délai dans votre lettre de préavis du propriétaire au locataire, et tout votre effort est réduit à néant.

Délais de préavis : 6 ou 3 mois, une règle non négociable

Vous devez impérativement respecter les délais légaux à la lettre. Pour une location vide, le préavis est de 6 mois minimum avant la date d’échéance du bail. Pour une location meublée, il est de 3 mois minimum, sans exception possible.

Notez bien que le congé ne peut être donné que pour l’échéance du bail. Il est juridiquement impossible de résilier le contrat en cours de route, sauf si vous activez une clause résolutoire pour une faute grave du locataire.

Mon conseil d’expert est d’anticiper largement l’envoi pour couvrir les délais postaux et les imprévus. Mieux vaut envoyer votre courrier trop tôt que de rater la date fatidique.

Les modes de notification valides (et ceux qui ne le sont pas)

La loi impose un formalisme strict pour garantir la preuve irréfutable de la réception par le locataire. Si vous ne respectez pas ces voies légales, votre congé n’aura aucune valeur aux yeux d’un juge.

Voici les seuls modes de notification reconnus pour valider votre démarche :

  • La Lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR).
  • L’Acte de commissaire de justice (anciennement huissier), l’option la plus sûre.
  • La Remise en main propre contre récépissé ou émargement.
  • La Lettre recommandée électronique (LRE), mais seulement avec l’accord préalable et écrit du locataire.

Attention aux pièges de la communication moderne : un simple email, un SMS ou un appel téléphonique n’ont aucune valeur juridique. Même si le locataire vous répond, le congé sera considéré comme non délivré et le bail continuera.

Le point de départ du préavis : la date qui compte vraiment

C’est ici que 90 % des litiges surviennent : ce n’est pas la date d’envoi qui compte, mais la date de réception effective par le locataire. C’est un point de friction majeur qu’il ne faut surtout pas sous-estimer.

Pour une LRAR, le compte à rebours démarre à la signature de l’accusé de réception ou lors de la première présentation. Si vous passez par un commissaire de justice, c’est la date de remise de l’acte qui fait foi immédiatement.

Soyez vigilant avec le piège de la LRAR non retirée : si le locataire ne va pas la chercher, le congé est nul. L’acte de commissaire de justice reste donc bien plus sûr.

Rédiger la lettre de congé : les mentions obligatoires pour chaque motif

Les éléments communs à toutes les lettres de congé

Pour démarrer, indiquez clairement votre identité et votre adresse, ainsi que celles de votre locataire. N’oubliez pas de mentionner l’adresse exacte du logement concerné par la demande. C’est la base indiscutable.

Attention, piège classique : la lettre de préavis du propriétaire au locataire doit viser tous les signataires du bail. Si un couple occupe les lieux, envoyez deux recommandés distincts ou un courrier libellé aux deux noms.

Enfin, la loi impose de joindre une notice d’information relative aux obligations du bailleur. Ne la zappez surtout pas : son absence suffit à faire annuler votre congé devant un tribunal.

Mentions spécifiques au congé pour vente

Ici, l’ambiguïté n’a pas sa place. Votre courrier doit mentionner explicitement le motif : la vente du logement. Si vous restez vague, le juge pourrait requalifier votre demande et vous bloquer.

Vous devez fournir des détails financiers et juridiques précis pour que l’offre soit légale. Voici ce qui doit figurer noir sur blanc :

  • Les mentions spécifiques au congé pour vente : le prix et les conditions de la vente, la description précise du logement et de ses annexes (cave, parking…), et la reproduction des cinq premiers alinéas de l’article 15 de la loi de 1989 sur le droit de préemption.

Une fois reçu, le locataire dispose de deux mois pour accepter cette offre d’achat. S’il ne répond pas dans ce délai, son silence vaut refus définitif.

Mentions spécifiques au congé pour reprise

Vous reprenez le bien ? Indiquez le motif de la reprise sans détour. La loi exige aussi le nom et l’adresse du bénéficiaire futur, ainsi que la nature précise de son lien de parenté avec le bailleur.

Ce n’est pas tout. Vous devez justifier du caractère réel et sérieux de cette reprise. Si le locataire conteste, vous devrez prouver que ce projet d’habitation est concret et non une excuse.

Pour éviter les erreurs, consultez nos modèles de lettre de préavis pour reprise adaptés à votre situation.

Mentions spécifiques au congé pour motif légitime et sérieux

La rigueur est votre meilleure alliée ici. Votre courrier doit décrire de façon factuelle et détaillée les manquements reprochés au locataire. Oubliez les « généralités » ou les sentiments ; seuls les faits datés comptent juridiquement.

Pour bétonner votre dossier, citez vos démarches préalables. Mentionnez les dates des mises en demeure pour impayés ou les courriers concernant les troubles de voisinage. C’est la preuve de votre bonne foi.

Le cas du locataire protégé : quand la loi vous impose des obligations supplémentaires

Vous pensez avoir tout coché ? Attention, une catégorie de locataires bénéficie d’une protection renforcée qui peut bloquer votre projet. Ignorer ce statut est une erreur coûteuse.

Qui est considéré comme un locataire protégé ?

Ce statut blindé ne tombe pas du ciel. Il repose sur deux critères stricts qui doivent s’additionner cumulativement à la date d’échéance du bail. Si l’une des deux conditions manque à l’appel, la protection saute.

Primo, l’âge. Votre locataire a plus de 65 ans. Mais attention, ça marche aussi s’il héberge une personne de cet âge qui est fiscalement à sa charge. C’est un détail que beaucoup oublient.

Secundo, l’argent. Ses ressources annuelles doivent rester sous les radars, c’est-à-dire être inférieures aux plafonds fixés pour l’attribution des logements sociaux (PLUS). C’est là que ça se joue souvent.

Les plafonds de ressources 2025 et l’obligation de relogement

Oubliez le revenu fiscal N-2. Un arrêt récent de la Cour de cassation (24/10/2024) change la donne : vous devez regarder les revenus des 12 derniers mois précédant l’envoi de votre lettre de préavis du propriétaire au locataire.

Plafonds de ressources annuelles 2025 pour un locataire protégé
Composition du foyer Paris + communes limitrophes Reste Île-de-France Autres régions
Personne seule 26 687 € 26 687 € 23 200 €
Couple 39 894 € 39 894 € 30 983 €
+ 1 personne 52 291 € 47 963 € 37 259 €
+ 2 personnes 62 412 € 57 432 € 45 028 €

Si les chiffres collent, vous êtes coincé avec une lourde responsabilité : l’obligation de lui proposer un relogement. Ce n’est pas une option. Le bien doit correspondre à ses besoins, son budget, et rester dans le même secteur géographique.

Les exceptions qui vous libèrent de cette obligation

Heureusement, la loi n’est pas totalement aveugle. Vous êtes dispensé de relogement si vous avez vous-même plus de 65 ans au moment où le bail expire. C’est l’égalité des armes.

L’autre porte de sortie concerne votre portefeuille. Si vos propres ressources sont inférieures aux mêmes plafonds que ceux du locataire à la date de notification, l’obligation tombe. Vous reprenez la main.

La vie après le congé : ce qui se passe pendant le préavis

Une fois la notification officielle reçue, la dynamique contractuelle bascule immédiatement. Vous entrez dans une phase transitoire où les obligations de chacun se modifient considérablement.

Le droit du locataire de partir à tout moment

Beaucoup de bailleurs ignorent ce mécanisme légal. Dès la réception de votre lettre de préavis du propriétaire au locataire, l’occupant peut quitter le logement quand il le souhaite durant le délai imparti. Il reprend instantanément sa liberté de mouvement.

Il n’a absolument pas à respecter son propre préavis habituel. Oubliez les délais classiques de un ou trois mois. Il doit simplement vous informer de son départ pour fixer l’état des lieux.

Paiement du loyer et des charges : au prorata

Rassurez-vous concernant vos revenus locatifs immédiats. Le locataire reste redevable du loyer et des charges pendant toute la durée où il occupe le logement. C’est une obligation qui ne s’éteint qu’à son départ.

Cependant, la facture s’arrête net le jour de sa sortie. S’il part avant la fin, il ne paie que pour la période d’occupation réelle, jusqu’à la remise des clés. Le solde se calcule au prorata temporis.

La restitution du dépôt de garantie

La loi impose un timing serré pour clore les comptes. Vous avez 1 mois pour restituer le dépôt de garantie si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée. Tout retard vous expose à des pénalités financières.

Ce délai s’étend à 2 mois si des dégradations matérielles justifient une retenue sur la caution. C’est le moment de gérer la régularisation finale des charges et la déclaration des derniers loyers perçus.

Congé nul ou frauduleux : les sanctions qui font réfléchir à deux fois

Terminons par un avertissement. Tenter de contourner les règles peut vous coûter bien plus cher qu’une année de loyer. Voici les risques concrets.

La nullité du congé : retour à la case départ

Imaginez que votre lettre de préavis du propriétaire au locataire comporte un vice de forme ou un délai trop court. Le tribunal se montre sans pitié : l’acte est considéré comme n’ayant jamais existé. C’est un coup d’épée dans l’eau. Vous voilà bloqué avec un locataire que vous vouliez voir partir.

La conséquence est aussi simple que brutale. Votre bail est automatiquement reconduit pour sa durée initiale, soit trois ans pour une location vide. Vous repartez pour un cycle complet sans possibilité de recours immédiat.

Le congé frauduleux : des sanctions financières et pénales

La fraude est caractérisée dès que le motif invoqué est mensonger. Si vous prétextez une reprise pour habiter mais que le logement reste vide, les juges le verront. L’intention réelle derrière le congé est scrutée à la loupe.

Le locataire évincé ne se laissera pas faire et réclamera des dommages-intérêts pour le préjudice subi. Il peut exiger le remboursement de ses frais de déménagement et une indemnité pour le trouble moral.

Pire encore, le propriétaire s’expose à une amende pénale pouvant atteindre 6 000 € pour une personne physique. Si le bailleur est une personne morale, la note grimpe jusqu’à 30 000 €.

Cas particulier : l’acquéreur d’un logement déjà loué

Vous venez d’acheter un bien occupé et souhaitez donner un congé pour reprise ? Attention, la loi impose un délai de carence strict pour protéger la stabilité du locataire en place. Vous ne pouvez pas récupérer les clés immédiatement après la signature.

Si l’échéance du bail actuel intervient moins de 2 ans après l’acquisition, votre congé ne prendra effet qu’à l’issue d’une période de 2 ans à compter de la date d’achat. C’est une contrainte temporelle majeure à anticiper.

Néanmoins, le congé doit tout de même être envoyé six mois avant l’échéance initiale du bail. Ne ratez pas ce coche administratif.

Récupérer votre bien exige une rigueur absolue. Entre le respect strict des délais, la validité du motif et le formalisme de la notification, la moindre erreur peut annuler votre procédure. Pour sécuriser votre démarche et éviter tout contentieux, l’accompagnement par un commissaire de justice reste souvent votre meilleure garantie.

FAQ

Comment rédiger votre lettre de préavis pour le locataire ?

La rédaction de votre lettre de congé ne s’improvise pas et doit respecter un formalisme strict. Vous devez impérativement y préciser le motif du congé (vente, reprise ou motif légitime et sérieux) et mentionner l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Si vous vendez, la lettre doit inclure le prix et les conditions de la vente, valant offre au locataire. Pour une reprise, l’identité et l’adresse du bénéficiaire sont requises.

Concernant l’envoi, privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception ou l’acte de commissaire de justice pour garantir la date de notification. N’oubliez pas de joindre la notice d’information obligatoire relative aux obligations du bailleur, sous peine de voir votre congé annulé.

Quand pouvez-vous mettre fin au bail de votre locataire ?

En tant que propriétaire, vous ne pouvez pas résilier le bail à tout moment. Vous devez attendre l’échéance du contrat, c’est-à-dire la date anniversaire de la signature ou du renouvellement du bail. C’est à cette seule date que le congé prendra effet, à condition d’avoir respecté le préavis légal.

La seule exception vous permettant d’agir avant le terme concerne la mise en œuvre d’une clause résolutoire pour faute grave du locataire (impayés, défaut d’assurance), mais cela nécessite souvent une action en justice ou un commandement de payer, et ne relève pas du simple « congé ».

Quel délai devez-vous respecter pour récupérer votre logement ?

Les délais de préavis sont d’ordre public et varient selon le type de location. Pour un logement loué vide, vous devez notifier le congé au moins 6 mois avant l’échéance du bail. Pour une location meublée, ce délai est réduit à 3 mois avant la fin du contrat.

Soyez extrêmement vigilant sur le calendrier : le délai court à partir de la réception effective de la lettre par le locataire (remise en main propre ou signature de l’accusé de réception) et non de son envoi. Anticipez toujours de quelques semaines pour éviter que votre notification n’arrive trop tard, ce qui reconduirait le bail tacitement.

Quels motifs justifient la résiliation du bail par le propriétaire ?

La loi limite strictement vos options à trois motifs légaux. Le premier est le congé pour vente, lorsque vous souhaitez vendre le logement libre de toute occupation. Le second est le congé pour reprise, qui vous permet de récupérer le bien pour y habiter ou y loger un proche (conjoint, partenaire, ascendants ou descendants) à titre de résidence principale.

Enfin, vous pouvez invoquer un motif légitime et sérieux, généralement lié à une faute du locataire telle que des retards de paiement répétés, des troubles de voisinage avérés ou un défaut d’entretien. Tout autre motif […] est illégal et vous expose à de lourdes sanctions.

Pouvez-vous faire partir votre locataire avant la fin du bail ?

Non, vous ne pouvez pas donner congé à votre locataire pour qu’il parte avant la date de fin prévue au contrat, même si vous avez un projet urgent de vente ou de reprise. Le locataire est protégé par la durée du bail et a le droit d’y rester jusqu’à son terme.

Si la situation est conflictuelle en raison d’impayés ou de nuisances graves, vous devez entamer une procédure de résiliation judiciaire ou faire jouer la clause résolutoire du bail. Dans ce cas précis, c’est une décision de justice qui prononcera l’expulsion, et non une simple lettre de congé.

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